A quoi servent les études de sociologie ?

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A quoi servent les études de sociologie ?

 

1- La réalité plutôt que les idées reçues


La conjoncture économique difficile des dernières décennies a renforcé les attentes des étudiants, de leur famille et celles des acteurs des politiques publiques en termes d’insertion professionnelle des diplômés. Malgré une nouvelle dégradation de l’emploi, les observations récentes, statistiquement fiables, montrent que la réalité du devenir professionnel des diplômés de sciences humaines n’est ni inquiétante ni désastreuse2. En 2010, il n’y a pas de différence en termes de chômage entre, d’une part, les LSH (Lettres et sciences humaines) et d’autre part, les disciplines d’économie, de droit et de gestion. Dans ces deux grands domaines, souvent comparés, le pourcentage de diplômés3 au chômage, trois ans après la sortie de l’Université est de 8% (8% LSH – 8% Droit-Economie-Gestion).

Les mêmes enquêtes indiquent très peu de variations des pourcentages d’emplois occupés entre les diplômés de LSH, ceux de sciences expérimentales et les étudiants formés en droit-économie et gestion. Ceux-ci oscillent entre 81 et 87% d’emplois occupés, trois ans après la sortie des études. La sociologie qui a traditionnellement développé d’une part la recherche et l’enseignement supérieur et d’autre part les emplois dans le secteur privé, profite de cette double vocation et soutient nettement la comparaison avec ces disciplines.

C’est ainsi qu’au niveau du Master professionnel, les diplômés de sociologie ne sont que 3% à être au chômage (trois ans après leur entrée dans la vie active).
On ne peut que constater la faillite des fables selon lesquelles les sciences humaines, en particulier certaines d’entre elles, ne mènent à rien, forment des chômeurs et devraient encore plus être contraintes à des rationalisations budgétaires. Ces idées fausses ne résistent pas à la réalité des chiffres. Mais encore faut-il se soucier de la vérité.

 

2- La sociologie réussit sa mission d’insertion professionnelle


La sociologie a garanti les objectifs de démocratisation de l’enseignement supérieur, contrairement à d'autres disciplines qui n'ont pas voulu y répondre. Ce rôle assumé par la sociologie s’avère primordial, car encore aujourd’hui rien ne protège mieux les futures générations que le diplôme malgré la concurrence des titres. Ce faisant, c’est aussi la mission d’insertion professionnelle, dorénavant centrale et nouvelle de l’Université, qu’assume la discipline. Contrairement aux idées reçues, la sociologie s’est largement professionnalisée en développant maintes spécialisations professionnelles, formant un segment praticien à côté de celui académique (recherche et professorat). Elle s’enseigne hors de ses frontières dans les écoles de gestion, de commerce, dans les formations de la santé, du secteur social, de la communication, du marketing, de l’aménagement du territoire…

Elle a aussi rénové ses formations. Depuis les années 1990, un large processus de réforme conduit à développer les Masters professionnels dans le domaine du développement (urbain, socioéconomique), des politiques (publiques, culturelles, de migration, d’insertion), du travail et des organisations, des GRH, d’ingénierie, de la médiation, de l’évaluation, de la sécurité et des risques, de la concertation, etc. Ceux-ci forment aujourd’hui la majorité des diplômes de sociologie (70%), avec lesquels les étudiants intègrent le marché du travail, bien au-delà des emplois d’enseignants-chercheurs à l’Université et de chercheurs de la Fonction publique, qui ne recouvrent que 30% des débouchés au niveau du doctorat et aucun au niveau du Master (Bac plus 5).

Au total, c’est la majorité des diplômés de Licence, Master et Doctorat (63%) qui s’insèrent dans le secteur privé du marché du travail pour 37% dans le secteur public.
Comme d’autres SHS, la sociologie a donc largement anticipé les objectifs de placement et de professionnalisation des études et assure bien le rôle d’insertion professionnelle tant attendu. Ces diplômes professionnalisant (essentiellement les Masters pro, mais aussi les Licences pro) offrent aux étudiants qui les décrochent de meilleures contreparties socioprofessionnelles. Ils se montrent avantageux en termes d’insertion, de rémunération, d’accès au statut « cadre ».

Et si, plus généralement4, la sociologie comme les LSH pourvoient moins que les sciences éco-droit et gestion à des emplois de « cadre » et s’avèrent moins rémunératrices, c’est parce qu’elles mènent plus que les secondes aux domaines de la santé, de l’éducation, de l’insertion, de l’emploi et aux activités de médiation…

Bien qu’elles soient centrales pour la santé sociale et morale d’une société et des personnes, en matière de régulation socioéconomique et de lien social5 , ces fonctions sont pourtant peu valorisées en termes salarial et socioprofessionnel. La sociologie dont Emile Durkheim disait qu’elle ne vaudrait pas une heure de peine si elle n’avait pas d’utilité sociale, en a plus que jamais6.

 

3- Les emplois et les métiers auxquels mène la sociologie


Au plus hauts niveaux de diplômes (Masters et Doctorat), les activités et les métiers auxquels conduit la sociologie sont ceux des études sociales et de marché, du conseil ou de consultant, de la recherche appliquée, de la formation, de direction de projet, de mission, en plus des emplois plus classiques dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Aux niveaux 4/5 et 3 (Master et Licence), la sociologie irrigue les métiers de l’action sociale (assistant de service social, éducateur spécialisé, éducateur jeunes enfants, éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse, éducateur de l’administration pénitentiaire, enquêteur social (justice). La sociologie est un apport favorable pour devenir responsable de maison de quartier, conseiller social (habitat), coordinateur social, accompagnateur d’insertion…

Le secteur économique, en faveur de l’insertion et de la formation, profite aussi des savoirs sociologiques et constitue un domaine de débouchés important de la discipline. Ils recouvrent les métiers de l’intervention socio-économique, ceux de conseiller pour l’emploi (Pôle emploi), conseiller en insertion professionnelle, conseiller en permanence d’accueil (mission locale, PAIO), conseiller en formation continue, chargé de relations avec les entreprises (organismes de formation), de responsable de formation, coordonnateur emploi-formation, coordonnateur de mission locale, agent de développement social, agent de développement local, agent de développement en milieu rural, chargé de développement social…

La sociologie constitue une base de formation solide pour les métiers de l’éducation : professeur des écoles, professeur certifié de sciences économiques et sociales, conseiller principal d’éducation…, mais aussi pour ceux de la gestion des ressources humaines : chargé de formation, consultant en ressources humaines, assistant ressources humaines, auditeur social ainsi que des métiers de la communication, information … Enfin, il convient de ne pas négliger que la formation en sociologie est aussi une bonne passerelle pour les métiers de la gestion publique : concours de la fonction publique des trois fonctions publiques (Etat, Territoriale, Hospitalière) de catégorie A, après préparation spécifique dans un centre type IPAG (Institut de Préparation à l’Administration Générale).

 

4- Les buts et intérêts des études de sociologie : entre tradition critique, réflexivité et action


Dès la licence de sociologie, la formation dans la discipline privilégie un enseignement généraliste et théorique fondé sur l’observation de la réalité sociale et sur la capacité à en comprendre les enjeux. Cette posture propre à la discipline s’ancre dans une tradition critique et réflexive. Non seulement la sociologie rend intelligible une société de plus en plus complexe, ses processus de reproduction et les modalités d’émancipation des acteurs. Mais elle permet aussi de mettre à distance bien des préjugés et des idées fausses qui rassurent certes, mais favorisent peu le progrès social. Bien que ces enseignements ne soient pas spécifiques d’une orientation professionnelle, ils rendent aptes une insertion professionnelle quelle qu’elle soit et s’ancrent dans les milieux d’action. La pratique de la sociologie a des visées de changement subordonnées à la compréhension de leurs conditions de production et de réalisation, ce qu’on appelle les postures d’intervention. Par la maîtrise d’instruments théoriques et méthodologiques, la sociologie ambitionne l’accompagnement du changement de la compréhension objective de ses effets sur les acteurs et sur les milieux (économiques, organisationnels, sociaux, urbains, etc.). La sociologie dans le respect de sa tradition ne sépare pas les enjeux d’action des enjeux d'éthique.

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1 Texte produit par l’Association Française de Sociologie
2 Les chiffres qui sont repris ici sont issus de différentes enquêtes, à savoir : Bref CEREQ, Génération 2004, Les chiffres et les lettres, n° 274, mai 2010 ; L’étudiant, Enquête CEREQ « Génération 2007 » : le diplôme, un atout anticrise ; Net.Doc, les chiffres et les lettres, n° 74, 2010, dossier de presse, génération 2007 ; Piriou Odile, « Que deviennent les diplômés de sociologie ? Un état de la discipline et de son avenir », Socio-logos. Revue de l'association française de sociologie [En ligne], mars 2008. URL : http://socio-logos.revues.org/1622.
3 Regroupant les niveaux L (Licence), M (Master) et D (Doctorat).
4 Tous Masters confondus, Licence et Doctorat.
5 On renvoie aux premiers travaux des pères fondateurs de la sociologie, comme ceux de Emile Durkheim qui formalisent les liens entre sociologie et santé sociale et morale d’une société. Ces apports de la sociologie et des Humanités en général sont parfaitement actuels, que l’on songe aux problèmes de souffrance au travail, de la crise de la démocratie, de celle socioéconomique, des problèmes d’exclusion, de précarité notamment des nouvelles générations, etc.
6 La phrase écrite par Emile Durkeim, dans Les règles de la méthode sociologique, est plus précisément celle-ci : « Nous estimons que nos recherches ne mériteraient pas une heure de peine si elles ne devaient avoir qu’un intérêt spéculatif ».